Archive pour septembre 2007

Projet de carrière d’artiste : commissaire

Dimanche 30 septembre 2007

Players ; Daniel Buren, André Rouillé (paris-art.com) et bien d’autres

André Rouillé en veut à Buren de redire combien le glissement du rôle du commissaire vers celui de l’artiste lui semble une usurpation de fonction. Seule l’artiste aurait la capacité d’endosser la fonction de commissaire car elle lui revient de droit. C’est dans son cœur de métier. A.R. voit là une prétention extraordinaire de l’artiste qui ne voit pas la spécificité de l’art curatorial (au moins l’anglicisme permet d’échapper à la répétition en offrant une alternative mélodique sans connotation policière, néanmoins un rien chirurgicale). Il me semble clair que les deux ont raison : Buren pour avoir perçu et dénoncé la mutation, Rouillé pour dire qu’il faut en apprécier la portée. S’il y a débat c’est qu’en fait la conciliation des deux positions suppose l’appréhension d’un phénomène qui relève de ce que l’on pourrait appeler la « mutologie » quotidienne, l’observation de la dérive des plaques dont l’étude sémiotique s’impose.

Risquons des hypothèses qui faute d’être nouvelles méritent d’être énoncées:
Causes et effets : il faudrait se demander si c’est la gangue curatoriale en pleine pulsion créatrice qui contiendrait, telle la chape de confinement du réacteur de Tchernobyl, la production artistique dans l’insignifiance; ou bien est-ce l’inconsistance de la production -dont se dégagent difficilement des tendances dignes des avant-gardes historiques- qui invite ou oblige les commissaires à chercher le sens au-delà de l’œuvre, à construire du discours sur de la matière inerte, à chercher la forme dans la glaise de la création de masse.
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Falling Pixels

Mardi 4 septembre 2007

fallingpixelss.jpg

Difficile de regarder l’homme qui tombe du World Trade Center sans traquer l’évidence qui oscille entre l’indicible et l’impensable. Au-delà de la symbolique de l’événement cet instant touche une autre de nos terreurs. Notre capacité de projection est prise en défaut car elle se heurte à la dernière barrière de notre système de survie, celle qui nous retient de penser : pourquoi vivre plutôt que rien ?
Dans la photographie, la question reste définitivement en suspend. La précision de l’image semble neutraliser la puissance tragique du sujet. Trop net pour être vrai. La structure régulière de la façade accentue la dimension formelle de l’image.

Que se passe-t-il quand on vide progressivement l’image du détail, quand la pixellisation à outrance ne laisse plus entrevoir que trois pixels qui bougent imperceptiblement forçant notre esprit à imaginer l’horreur, franchisant décisivement la barrière de la distanciation, chauffant à blanc le médium aurait dit McLuhan? On se demandait ce qu’on pouvait enlever à l’homme pour qu’il cesse d’être homme, il faut se demander ce qu’on peut enlever à la représentation pour qu’elle cesse de représenter, pour mieux toucher. Comme résultat de cette gestalt dynamique, la force émotionnelle est ici d’autant plus forte que la vidéo, en boucle, anime les pixels avec la lenteur paisible de l’inéluctable.

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