Patentable ! (Breveter l’univers)

3 août 2009

Bien souvent les formes légales poussent dans ses extrêmes la rigueur de la définition des choses. L’expérience de Brancusi a aidé à définir l’œuvre, on a pu par ailleurs observer qu’un brevet pouvait définir le contour d’un territoire dont l’exploitant tirerait, avec un certain talent, un maximum de profit. C’est en effet une singularité de la propriété intellectuelle que de porter plus souvent sur les mots qui définisse le périmètre que sur la matérialité des territoires qu’ils délimitent. Le brevet est probablement la forme la plus primitive et la moins discutable de l’art conceptuel, et on comprend que Marcel Duchamp, grand joueur d’échecs, ait su préférer en son temps le concours Lépine au salon des refusés.

A l’heure où l’on peut déposer un brevet sur l’ADN des humains, quelques propositions de brevets que l’on regrettera éternellement de n’avoir su, par l’age ou l’expérience, déposer en leur temps, afin de pouvoir en offrir la jouissance libre et gratuite à l’humanité. C’eut été probablement l’occasion d’en tirer un bénéfice secondaire qui en d’autres temps aurait valut qu’on nous érige des temples, qu’on nous offre des sacrifices ou au moins des chants pour nous aider à accepter finalement d’en être trop souvent soi-même, au sens légal du terme, le protégé.

L’image IMG-V0.1
Dispositif qui juxtapose, sur toute forme de support bidimensionnel, des variations d’intensité lumineuse ou colorimétrique. La répartition spatiale des zones colorées permet, par analogie formelle, l’identification d’un ou de plusieurs sujets référents. Le référent peut être bidimensionnel ou tridimensionnel, fixe ou animé. La représentation peut être fixe ou dynamique. Le support peut être lui-même appliqué sur une surface à la géométrie variable.
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L’improduction

16 juin 2009

Je soutenais en décembre dernier ce blog, comme thèse. L’alchimie ainsi pratiquée visait à convertir le Dump, décharge à projets non aboutis, en thèse de doctorat justement intitulée : L’intention artistique à l’œuvre, hypothèses pour un passage à l’acte. Pour ce faire j’en fis précéder la compilation imprimée d’une introduction de 35 pages destinée à faciliter son inscription dans le rituel académique. Le jury remarqua, dénonçant le caractère peu académique de la pratique, combien mon texte était peu chargé en références, auteurs et œuvres, que l’on serait en droit d’attendre d’une thèse de doctorat, fut-elle en art. La faute en vient au fait que le projet lui-même n’avait d’académique que la réalisation d’un de ses énoncés intitulé « Ecrire une thèse » ce que je fis sous forme de performance hyperréaliste : Soutenance d’un épais volume dans le cadre suranné d’un amphithéâtre de la Sorbonne en présence d’un jury international à l’ouverture d’esprit propre à lire la thèse dans l’œuvre. J’avais pris soin de poster sur le blog une « Inconclusion », pour refermer la parenthèse sans interrompre le processus. J’y avais aussi le matin même ajouté « l’Insoutenable », improbable discours de soutenance constitué d’une phrase de quatre pages que finalement je lu en guise de présentation.
Il subsiste (au moins) une faiblesse dans la logique du projet : cet ajout académique qui constitue l’introduction de la version imprimée. Je n’avais pas trouvé la manière de rendre l’objet congru au contexte universitaire sans créer de rupture formelle. Je découvre –tardivement, n’ai-je pas remercié Bayard pour m’avoir aidé à accepter le cœur léger l’idée de parler des livres qu’on a pas lus?- l’ouvrage de Jean-Yves Jouannais Artistes sans œuvres, I would prefer not to (Hazan, 1997). Il est clair que cet ouvrage lumineux contient toute la matière qui aurait du alimenter mon introduction à une thèse listant les œuvres non réalisées au détriment de la liste pléthorique de celles qui l’ont été et que, toujours selon le jury, on aurait été en droit d’attendre d’un doctorat en art.
Mon projet rétrospectif, non réalisé puisque le moment est passé, est d’écrire un texte intitulé « Improduction », constituant l’introduction de la thèse et dont le contenu serait un collage habile de l’essai de Jean-Yves Jouannais. Cette introduction que j’ai, à peine, su écrire, j’aurais du la découper, en tailler le patron dans le texte d’un autre. Ainsi fait, le projet répondrait à un double objectif: satisfaire mon penchant coupable pour le raccourci tout en réparant un oubli d’énonciation non moins coupable.
Ce projet ajoute une catégorie au Dump dont la liste comprenait déjà l’Already Made Art (AMA) et dans laquelle nous comptons dorénavant l’AWT: Already Written Text.

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L’Insoutenable (intro-flux)

6 décembre 2008

Anmphi Oury Sorbonne

Aujourd’hui je présente le Dump en Sorbonne. Il faut que j’y dépose encore l’introduction à laquelle j’avais pensé et qui me semble maintenant inappropriée. On ne peut cumuler les écarts à la règle sans risque d’y perdre le sens premier du geste.

« On me l’a dit il faut faire court…
…pour contrebalancer les pages les mots dits tiendront en une phrase que j’énonce ici et qui me permet de rappeler que longtemps la question se posait à moi du pourquoi-faire-thèse? quand la recherche faisait mon quotidien sous la forme nécessaire de la production sans cesse mise en questions, quand les résultats s’enchaînaient me disant combien ce que je visais n’était pas là, toujours ailleurs et d’ailleurs je m’en accommodais fort bien comprenant que la fuite de l’ennui était comme l’objectif qui se redéfini sans cesse sur le métier, horizon hors d’atteinte, et j’avais imaginé que je pourrais m’en satisfaire sachant combien l’académie ne saurait prendre en compte une pratique non discursive, non verbale, qui s’éloignerait de l’odeur du papier pour sauver les forêts de mots trop nets pour ne pas cacher quelque chose de pas propre que j’espérais encore voir surgir dans les dérives et les débordements de la mise en forme Lire le reste de cet article »

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Fame Phishing

26 novembre 2008

Fame Fishing

Élégamment traduit par l’Académie par « hameçonnage », le phishing est une pratique qui consiste à revêtir les atours d’une institution pour glaner des informations susceptibles d’enrichir illégalement celui dont le déguisement est suffisamment convainquant pour parvenir à ses fins. Qui n’a jamais reçu de message émanent d’honorables institutions telles que eBay l’enjoignant de toute urgence de communiquer numéro de carte de crédit et autres codes bancaires afin d’échapper aux poursuites judiciaires ou à un usage manifestement frauduleux de son identité dont il aura garde de se préserver en obtempérant séance tenante?

Comment détourner le procédé pour la noble cause de pratiques artistiques en mal de reconnaissance ?
Ceci entre dans la série du design de carrière d’artiste dans le droit fil de projets comme I’ve Heard of It qui fonde la notoriété d’un artiste non sur le fait qu’il ait produit quoi que ce soit mais par le fait qu’il ait su entretenir la rumeur sur sa production qui, pour suivre l’épure, devra être essentiellement et définitivement inexistante.

Je propose donc de choisir quelques supports médiatiques incontestables. Choisir les auteurs les plus pertinents sur le support. Créer nom de domaine, mailing et page web de manière à ce qu’ils semblent directement issus du média d’origine. Produire la critique qu’on aurait apprécié ou craint d’y lire. En effet, pour bien faire il faudra conserver le ton de l’auteur même si le résultat se montre foncièrement critique, condamnant radicalement le cas échéant, si cela peut sembler pertinent, la pratique de l’auteur à promouvoir. L’impact en effet est d’autant plus grand que la critique est forte, voire juste et l’on sait que l’impact du gourdin laisse des traces plus durables que celui de l’encensoir. Le phishing de notoriété, drainant un public ciblé vers son sujet pour lui extorquer ne serait-ce qu’une émotion, même négative, est à ajouter à la palette de l’artiste soucieux du devenir de ses intentions face à l’incertitude des émotions esthétiques ou sensibles que provoquerait sa seule production im-médiate.
Serait-il condamné pour avoir su produire ou anticiper les « vérités historiques » que certains ne se seraient pas privé d’énoncer s’ils s’étaient donné la peine d’en écrire les premiers mots?
Il arrive que la critique emprunte à l’artiste ses images pour y accoler des intentions louables ou coupables, mais qu’en aucun cas celui-ci ne revendiquerait. Il est temps qu’en retour l’artiste aussi puisse choisir son critique, empruntant à ce dernier ses mots pour exprimer ses propres idées.

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L’Inconclusion

28 septembre 2008

l'inconclusion
Quand dans sa Lettre à Chanteloup, Poussin souligne l’importance du cadre destiné à séparer la forme symbolique du tableau de l’espace physique environnant. Il dit clairement la nécessité de refermer la forme sur elle-même, quand elle s’exprime dans un registre de représentation fondé sur la permanence de la trace, afin de l’isoler du monde dans lequel elle se donne à voir.

Je me trouvais, il y a quelques années de cela, assister à un débat qui réunissait Régis Debray, Karine Douplitzky, Bernard Stiegler… La question portait sur la possibilité d’échapper à la double-injonction, introductive et conclusive dans le récit interactif. Et les intervenants de rappeler que le modèle romanesque, largement repris et amplifié par le cinéma, exemplifiait la nécessité d’un début et d’une fin dans le récit.
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Hole in Memory

26 septembre 2008

Players: Libération, Maria-Grazia Mattei, Triennale de Milan

Telectroscope
Le site de Liberation, image de l’installation Telectroscope de Paul St Georges

Un article 28 mai 2008 du quotidien Libération titrait « Un Tunnel sous l’Atlantique », une Å“uvre spectaculaire qui permettait aux citoyens Londoniens de communiquer avec leurs homologues américains. L’article était ainsi libellé :
« Un tunnel sous l’Atlantique
Un tunnel entre New York et Londres, qui «permet aux gens de se voir à travers la Terre, de manière miraculeuse», selon l’artiste anglais Paul St George, auteur de cette installation vidéo…»

Mon premier réflexe fut d’envoyer à la rédaction de Libération la copie de l’article qu’ils publiaient le 24 septembre 1995 « Paris-Montréal : le Tunnel assure la liaison permanente » qui présentait « Le Tunnel sous l’Atlantique, un « événement télévirtuel » conçu par l’artiste français Maurice Benayoun ».

Tunnel under the Atlantic Liberation
Article de Libération du 24 septembre 1995, de Miriam Rosen sur le Tunnel Sous l’Atlantique de M.B.
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Recycled Art

22 septembre 2008

Cosmopolis à Villacoublay

Cosmopolis est probablement une des plus grandes installations interactives jamais réalisées (2005). Ce dispositif de 25m de diamètre sur le développement urbain à fait le tour de Chine et a atteint jusqu’à 10 700 visiteurs par jours à Shanghai. Devant l’opportunité de présenter cette pièce de taille au Grand Palais, à Paris, je demandais à l‘entreprise qui la stockait d’évaluer la difficulté de la réinstaller. Il me fallut deux mois pour obtenir une réponse : Cosmopolis était parti à la décharge !
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La sirène du métro

21 septembre 2008

Siren

Les statistiques montrent que les français, quelque soit leur situation, anticipent la possibilité de se trouver un jour sans logis et sans moyens. Dans ce contexte, chacun se demande ce que serait sa position, comment survivre, comment exprimer son besoin sans perdre la face, comment jouer le jeu à pile ou face quand c’est de survivre au quotidien qu’il s’agit ?
Le métro est la scène où s’exprime le plus clairement la situation de crise : la non appartenance aux deux extrêmes du voyage: le boulot, le dodo. Il est impressionnant de voir ce que certains décident de produire pour crier l’incapacité à quitter cet entre-deux qui devient à leur corps défendant le boulot/dodo de transit.
Produire de la musique, du spectacle, rendre acceptable aux autres ce moment nécessaire de passage. Les passants passent et le quémandeur reste.
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Spotters

21 septembre 2008

Spotters

Le spotting, qui constitue une activité à la motivation mystérieuse, réuni aussi bien ceux qui comptabilisent les passages de trains ou les décollages d’avion, que ceux qui, engageant des programmes d’envergure planétaire, tentent d’identifier des signes d’intelligence extraterrestre dans les signaux en provenance de l’espace (SETI). Traquer dans la récurrence ou dans les infimes variations des signes du quotidien ou de l’espace ce qui nous permettrait de mieux comprendre le monde, l’univers ou la logique de la SNCF relève d’une obstination qui ne cesse de nous émerveiller.
Que l’objectif soit de découvrir une explication, la confirmation d’un doute ou d’une certitude, ou l’évidence d’un complot, il y a dans la compulsion « spottique » quelque chose qui relève du questionnement métaphysique. La série des Spotters, inspirée du projet Red Light Spotters, vise à généraliser le principe d’Observation Systématique Obstinée (OSO, – – – ∙ ∙ ∙ – – –) appliqué au monde construit par l’homme, en le couplant à la tentative, désespérée, de traduire l’information résultante sous forme de son, de lumière, de vibration… susceptibles d’apporter des éléments d’intelligibilité dans la masse des artefacts et des comportements humains.

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Red Light Spotters

20 septembre 2008

Red Light Spotters
Players: Philippe Codognet, Sir Alice

Visiting the Mori Tower in Tokyo with Philippe Codognet, the evidence of red lights blinking at night came to my mind as the stubborn will of the City to say something to any open intelligence. I was facing this absurd but recursive artist’s mission : try to make the world understandable, even if it is definitely obscure to you.
If you fail : make the failure visible enough to make the evidence of the this aporia talking out loud.

That was the resulting project:
Cities are emitting obscure messages that cannot easily been deciphered: sounds, lights, smells…
Through thousands of red lights blinking in the night, Tokyo city is whispering.
This obsessing blinking should be translatable. The apparent synchronicity cannot be only a randomised process. The absence of synchronicity can also be interpreted as an obscure language.
Is the city trying to say something?
Are invisible entities communicating in front of us and we don’t even know what, why and how?
Would it be a kind of hidden speech that would remain secret because it is so obvious?
Whatever the interpretation we try to put on these signs, one cannot stay without trying to understand what’s going on around us.
In this obsessive compulsion of interpretation, people can spend hours watching without understanding and this impossibility to understand is balanced by the fascination for this almost hypnotic phenomenon.
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